Disco flottante

Disco flottante

Disco flottante

Deux discos flottantes s'amènent sur la rivière Kwaï. Évidemment, chacune jouit de sa propre musique, que les riverains entendent en cacophonie.

En soirée — c'était samedi — quelques employés de l'auberge nous ont amené sortir en ville, un gros groupe comptant 14 touristes et moi-même. Nous sommes allés au Apache Saloon, un endroit visiblement plus fréquenté par les Thaïs que par les touristes, même s'il y avait aussi dans la foule deux autres petits groupes d'occidentaux.

Le spectacle live éclectique fut vraiment très amusant! La discothèque était, comme on pouvait s'y attendre, dans un style saloon, avec beaucoup de bois rond. Derrière la scène se trouvait une immense tête d'Indien argentée et en relief, changeant d'effet et de couleur selon l'éclairage ambiant.

Sont d'abord apparus sur la scène les musiciens: Un batteur au style asiatique standard et discret, qui passerait inaperçu n'importe où; un bassiste travesti aux longs cheveux teints en blond, vêtu de pourpre, jupe incluse, décoré de motifs dorés et argentés; un guitariste grasouillet mais costumé et maquillé dans un style efféminé, de délicates mèches de cheveux descendant sur un visage bouffi, portant une chemise rouge collant à la peau et ouverte jusqu'au nombril, des pantalons moulants révélant des jambes bien peu féminines, ainsi que d'affreuses bottes de cow-boy; et un claviériste discret dans le genre du batteur, sauf que dans son cas cela semblait pas être un choix délibéré. Puis le chanteur a surgi, un genre de Gerry Boulet Thaï aux longs cheveux bruns, chantant des hits américains de heavy metal des années 80, ainsi que des hits thaïs de heavy metal contemporain.

Le spectacle a vraiment commencé à devenir éclectique quand le groupe s'est mis à changer de costumes et de chanteur à chaque chanson. Après le Gerry, on eu eu droit à un grand énervé aux cheveux courts et raidis, vêtu d'un habit argent brillant, sautant dans toutes les directions et chantant un quelconque air de pop thaïlandaise répétitive. Ensuite, on a eu droit à une grande femme fatale, également en costume brillant, chantant sur un fond de musique danse thaïlandaise, accompagnée de deux danseuses sexy, puis de deux danseurs. Puis le spectacle enchaîna avec un petit hurluberlu à la voix puissante, portant d'énormes lunettes bleues carrées et revêtu d'une sorte de kimono de soie. Il interprétait des hits de rock thaï particulièrement appréciés de la foule. Puis tous ces personnages se sont tour à tour échangé l'avant-scène, parfois la partageant, troquant costume coloré pour costume coloré entre chaque chanson.

Chacun des personnages restait néanmoins fidèle à son image. Le Gerry dérivait parfois dans des styles AC/DC ou David Lee Roth, mais conservait son look Gerry. L'énervé restait toujours énervé et luisant. Il apparut même avec une cape argent à pois noirs, dans laquelle il aimait s'envelopper et se développer. La grande femme fatale restait toujours sexy, allant jusqu'à chanter vêtue d'un simple bikini. Ses deux danseurs, quant à eux, apparurent même déguisés en filles rigolottes, l'une coiffée d'une perruque ébouriffée et se voulant sexy en longue robe semi-transparente, tandis que l'autre restait bien masculine avec ses faux seins ne tenant pas toujours là où ils devaient... L'hurluberlu, quant à lui, se donnait un certain air cool et branché et se réservait les chansons les plus populaires. À l'entracte, il agissait aussi comme DJ, tout en distrayant la foule en lançant au micro des boutades qui semblaient amusantes.

Rentré à l'auberge vers 1h30, j'ai été reçu par le veilleur de nuit dormant profondément, installé sur un banc avec un oreiller! Lui qui m'avait assuré de sa présence alerte lorsque j'avais fait part de mes craintes à laisser mon vélo près de la réception la nuit... Sans le déranger, j'allais récupérer moi-même la clef de ma hutte derrière le comptoir, lorsque le téléphone a sonné! Je me suis donc vite rétracté, mais il a tout de même fallu quatre bonnes sonneries avant que l'homme ne soit tiré des limbes.