Extrait d'un billet de train
Extrait d'un billet de train
Pour ma première sortie hors de Bangkok, j'ai choisi une destination pas trop lointaine: Phetchaburi, située à environ 150 km au sud-ouest de Bangkok.
Le préposé au comptoir d'information de la gare Hualamphong (gare centrale à Bangkok) m'a demandé pourquoi j'allais à Phetchaburi. Après que je lui aie répondu que c'était pour visiter, il a affirmé que ce n'était pas une place pour touristes, qu'il n'y avait aucun endroit où rester et qu'il serait préférable que j'aille plutôt à Hua Hin...
Malgré cette mise en garde, j'ai maintenu ma première intention et me suis procuré un ticket pour Phetchaburi. Tout le monde l'appelle en fait "Petbouli", ce que j'aurais d'ailleurs bien aimé savoir dès le début, puisque personne ne me comprenait lorsque je m'aventurais à dire "Phetchaburi", même si je ne commettais pas une erreur commune chez les visiteurs francophones qui consiste à prononcer "Fetchaburi". Le "ph" ne doit pas se prononcer "f", mais plutôt comme un "p" aspiré. C'est ainsi que les Thaïs effectuent la translitération dans notre alphabet. Le "p" et le "ph" dénotent des sons distincts.
Le prix de 114 baht était pour moi bien imprévisible, car je n'avais encore jamais vu une grille de prix aussi complexe! D'abord, y'a les 1ère, 2e et 3e classes, puis des trains "ordinaires", "rapides" et "express". Mais ensuite les choses se compliquent, car certains trains n'ont que les 1ère et 2e classes, alors que d'autres offrent une 3e classe avec air climatisé ou une 2e classe sans air climatisé...
J'ai demandé ce qui devait être le moins cher, sauf que le premier train disponible était un "express spécial" (exigeant donc une légère prime). C'est seulement une fois à bord que j'ai découvert que ce train comportait deux types de 3e classe. J'occupais un siège choisi un peu au hasard en 3e classe, lorsque l'inspecteur des tickets m'a fait changer de wagon. Au debut, j'avais crû qu'il exigeait un saugrenu pot-de-vin de 70 baht, mais j'ai finalement compris que ce montant correspondait en fait à la différence de prix qu'il m'aurait fallu payer pour bénéficier de l'air climatisé! Je me suis donc retrouvé dans un autre wagon, celui de la 3e classe sans air climatisé, nettement plus achalandé, mais bien plus intéressant! Par ailleurs, les grandes fenêtres ouvertes procuraient en marche une ventilation ne justifiant aucunement l'emploi de l'air climatisé, en plus d'offrir une vue sans obstruction sur l'extérieur.
En 3e classe, les sièges sont regroupés en paires se faisant face, ce qui facilite (ou force?) le contact avec les autres passagers. Mes voisins d'en face, un couple souriant, ne parlaient pas anglais, mais la jeune fille qui les accompagnait (assise à côté) se débrouillait un peu. Ils m'ont offert du riz collant avec un machin qui avait la texture du bacon, mais
avec un petit arriere-goût de réglisse... Pas mauvais du tout, même si normalement je n'aime ni le bacon, ni la réglisse...
Aucun risque de mourrir de faim en train, puisqu'à chaque arrêt et y'en a pas mal pour un train dit "express" on se fait envahir de vendeurs de bouffe et breuvages de toutes sortes, circulant autant à l'extérieur qu'à l'intérieur du train. Ces derniers voulaient vraiment me vendre de la bière c'est sans doute populaire auprès des touristes. Les transactions avec les vendeurs extérieurs se font par les fenêtres ouvertes, mais cela est bien sûr impossible à partir des ennuyants wagons à air climatisé, desquels les fenêtres ne s'ouvrent pas...
Durant le trajet, quand les gens ont fini de grignoter, les déchets sont souvent négligemment envoyés par la fenêtre, bien qu'il y ait des poubelles aux extrémités de chaque wagon. Certains aliments sont vendus dans de grandes feuilles de bananier ou dans de petits troncs de bambou, plus écolos, mais en général y'a bien du plastique et du styrofoam qui finissent dehors.
Après trois heures de doux brassage, le train devait s'approcher de "Petbouli". Cela me rendait nerveux car, depuis peu, l'engin roulait très lentement, comme s'il arrivait en gare, alors que tout ce qu'on pouvait voir au dehors, c'étaient des champs inondés, quelques cocotiers et de belles collines accidentées au loin, côté ouest. La lumière de fin de journée était chaude et magnifique et dans le ciel flottaient de beaux nuages pleins de fantaisie. Il avait plu là, juste avant le passage du train. À l'est s'élevait un très joli arc-en-ciel.
Le train s'arrêta à une petite gare en plein champ. Ouf! Je l'échappai belle, car un panneau indiquait un nom qui n'était pas Phetchaburi... Je ne me sentais pas encore prêt pour l'aventure de descendre en pleine rizière!
