Un lever du soleil sur la baie de Prachuap
Un lever du soleil sur la baie de Prachuap
Le matin, de nouveau en route pour Ao Noi, j'ai aperçu un gars qui essayait d'ouvrir une bouteille de bière en appuyant le bouchon sur le coin d'un muret de béton. Puisque sa technique ne semblait pas fonctionner, je suis intervenu avec mon couteau suisse pour l'aider. Il était drôlement content et, trop généreux, m'a forcé a boire de sa bière... Il n'était que 9h30! "Dink dink!" qu'y disait (ils ont vraiment un problème avec les "r" :-). J'ai presque regretté ma bonne action, car il ne m'a pas laissé repartir facilement!
Une fois arrivé à Ao Noi, une amie d'Awlathaï (qui parlait mieux l'anglais) m'a expliqué que la "mère" (en fait la tenancière du pub) ne permettait pas qu'Awlathaï parte avec moi, parce que ce n'était pas convenable qu'une jeune femme parte ainsi, seule avec un étranger. Ce langage maternel me surprit, mais j'ai néanmoins gobé l'explication. Et puis je savais que la véritable mère d'Awlathaï était décédée, alors je me disais que celle-ci la remplaçait peut-être...
On a donc passé encore quelques heures au pub à étudier et prendre un petit lunch (sorte de soupe froide avec glace). Puis, vers 14 heures, à la demande d'Awlathaï, l'amie douée pour l'anglais revint, cette fois pour m'expliquer qu'Awlathaï devait maintenant travailler et que son travail au pub consistait en fait à "boire avec les clients, chanter au karaoké avec eux, prendre soin d'eux", le tout payé à l'heure. Elle me demanda si je trouvais Awlathaï jolie (affirmatif), puis m'offrit de "passer du temps avec elle", tout en me montrant du doigt ce qui pouvait ressembler vaguement à des chambres...
Comme j'ai été naïf et aveugle! Bien sûr, seules des filles travaillaient dans ce semblant de pub, et chacun sait que bien des pubs en Thaïlande ne se contentent pas de servir de la boisson. Mais quoi, dans ce minuscule village? Une fille si réservée? Et bien sûr, dans ce contexte, que la patronne ne veut pas que son employée parte avec moi!
D'après le Lonely Planet, 75% des hommes thaïs adultes utiliseraient les services d'une prostituée en moyenne deux fois par mois. Et voilà pourquoi je suis tombé là-dessus, même dans un si minuscule village. Le plus gros de la prostitution au pays ne serait pas celle qui s'adresse aux touristes, même si celle-ci semble causer plus d'émois. En observant plus attentivement, ont peut constater que même les plus petits des villages de Thaïlande oubliés par les touristes possèdent leur bar à karaoké, servant souvent de façade pour la prostitution. De plus, une grande part de la prostitution dans le pays reste invisible, comme dans le cas de ces "maîtresses" qui se font payer un condo ou une allocation mensuelle par une poignée de clients réguliers.
Abasourdi, j'ai expliqué à Awlathaï, par l'entremise de son "amie", que je préférais l'amitié aux services payés et que je ne payerais pas pour un semblant d'amitié ou pour autre chose. Elle répondit qu'elle voulait aussi être amie. Si je le désirais, je pouvais continuer à la voir entre 6 heures et 14 heures, comme lors des deux jours précédents, en ami et sans payer. Donc pendant ses rares heures de sommeil? Troublé, je ne retournai plus à Ao Noi par la suite.
Plusieurs jours plus tard, à Bangkok, je fis traduire par une connaissance le dernier mot que m'avait écrit Awlathaï: "Je préfèrerais ne pas faire un travail comme celui-ci, mais puisque ma famille est très pauvre, je dois le faire".
